Vous avez reçu un appel d’une association qui défend les malvoyants, vous avez dit oui, et les appels n’ont jamais cessé. Ce scénario, des milliers de personnes en France le vivent avec l’Unadev. Derrière une cause légitime se cachent des pratiques qui méritent un regard beaucoup plus critique.
Qu’est-ce que l’Unadev et quelle est sa mission officielle?
L’Unadev – Union Nationale des Aveugles et Déficients Visuels – existe depuis 1929. C’est une association reconnue d’utilité publique, enregistrée sous le SIREN 775 666 875. Sur le papier, sa mission est claire : accompagner les personnes atteintes de déficience visuelle, financer des équipements adaptés, former des auxiliaires de vie.
Elle revendique des actions concrètes : aide à la mobilité, soutien psychologique, accès à la culture pour les non-voyants. Le statut d’utilité publique lui permet de recevoir des dons ouvrant droit à réduction fiscale. C’est précisément ce statut qui lui donne accès à des millions de foyers français.
Comment l’Unadev utilise-t-elle le démarchage téléphonique pour collecter des dons?
Le modèle financier de l’Unadev repose massivement sur le téléphone. En 2019, l’association a collecté 25 millions d’euros via le démarchage téléphonique, auxquels s’ajoutent environ 6 millions provenant d’autres sources. C’est un ratio qui dit beaucoup sur la structure de l’organisation.
Pour opérer à cette échelle, l’Unadev externalise ses appels vers des centres d’appels situés au Maroc et en Tunisie. Ce sont des téléopérateurs travaillant pour le compte de l’association qui contactent les donateurs, anciens et nouveaux. Le discours est rodé, souvent centré sur les chiens-guides et l’autonomie des malvoyants.
Quel est le scandale Unadev et pourquoi son label a-t-il été suspendu?

En juin 2018, le Comité de la Charte – aujourd’hui renommé Don en Confiance – a suspendu le label de l’Unadev. Ce label est une garantie de transparence et de bonne gestion que très peu d’associations perdent. Le motif invoqué : des problèmes graves de gouvernance et de transparence financière.
Le 22 avril 2019, Libération révèle l’ouverture d’une instruction judiciaire visant l’association. Les dysfonctionnements pointés concernent la gestion des fonds collectés et les conditions dans lesquelles certaines décisions ont été prises. Le scandale Unadev devient alors public et difficile à ignorer.
Moins de 50 % des dons atteignent-ils vraiment les bénéficiaires?
C’est le chiffre qui fait mal. La Cour des comptes a établi que moins de la moitié des dons collectés parvenait réellement aux bénéficiaires – les malvoyants que l’association est censée défendre. Autrement dit, pour chaque euro que vous versez, moins de cinquante centimes servent à la cause affichée.
Le rapport pointe également des rémunérations excessives au sein de l’organisation. Mais le détail le plus frappant reste le placement d’argent dans un hôtel situé sur la Côte d’Azur. Des fonds collectés auprès de donateurs sensibles à la cause des aveugles, investis dans l’immobilier touristique.
Ce type d’arbitrage financier révèle une dérive structurelle, pas un accident de gestion ponctuel.
L’Unadev pratique-t-elle réellement du harcèlement téléphonique?
Les signalements sont nombreux et convergent vers les mêmes pratiques. L’Unadev fait tourner ses numéros d’appel en permanence, ce qui rend le blocage classique quasi inutile. Vous bloquez un numéro, un autre apparaît le lendemain.
L’association bénéficie d’une dérogation légale à Bloctel, la liste d’opposition au démarchage téléphonique. En tant qu’organisme sans but lucratif reconnu d’utilité publique, elle peut légalement contacter des personnes inscrites sur cette liste. Cette dérogation, prévue par la loi, devient un outil de pression dans les mains d’une organisation qui appelle sans relâche.
Des personnes ayant explicitement demandé leur désinscription témoignent de rappels répétés dans les jours suivants. Le refus n’est pas traité comme une fin de non-recevoir.
Des prélèvements SEPA peuvent-ils être initiés sans votre consentement écrit?
Des signalements font état de mandats SEPA activés sur la base d’un simple accord oral, donné au téléphone. Or la réglementation européenne est claire : un prélèvement SEPA requiert un mandat signé, daté, avec les coordonnées bancaires transmises par écrit. Un « oui » au téléphone ne suffit pas légalement.
Si vous constatez un prélèvement de l’Unadev que vous n’avez pas formellement autorisé par écrit, vous êtes en droit de le contester directement auprès de votre banque. Un prélèvement non autorisé par mandat signé est remboursable, sans délai particulier à respecter pour les particuliers.
Quels recours existent face aux appels abusifs de l’Unadev?

Vous n’êtes pas sans armes face à ces pratiques. Plusieurs démarches concrètes sont à votre disposition :
- Signalement sur signal.conso.gouv.fr : la plateforme officielle de la DGCCRF recueille les signalements de démarchage abusif. Chaque signalement contribue à documenter les pratiques d’une organisation.
- Plainte à la CNIL : si vos données personnelles sont utilisées sans base légale valide ou si vos demandes de suppression sont ignorées, le RGPD vous donne le droit de saisir la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés.
- Opposition écrite formelle : envoyez un courrier recommandé au siège de l’Unadev pour demander la suppression de vos données et l’arrêt de tout contact. Conservez l’accusé de réception.
- Opposition aux prélèvements : contactez votre banque par écrit pour bloquer tout futur prélèvement de l’Unadev si vous n’avez pas signé de mandat.
Quels sont les avis des personnes démarchées par l’Unadev?
Sur Trustpilot, 117 avis ont été déposés à propos de l’Unadev. La tendance dominante est sans ambiguïté. Les témoignages les plus fréquents décrivent un « réel harcèlement jour après jour », des demandes de désinscription ignorées, et des appels qui reprennent quelques jours après un refus explicite.
Panoptinet, qui analyse les numéros de téléphone signalés, classe les pratiques de l’Unadev comme agressives. Le site précise toutefois que l’association ne constitue « pas une arnaque au sens strict » – elle existe, elle mène des actions, elle a un statut légal. Mais entre l’existence légale et les pratiques acceptables, il y a un écart que les avis documentent méthodiquement.
Ce qui revient le plus souvent dans les témoignages : l’impossibilité réelle de sortir des listes d’appel.
Pourquoi l’Unadev a-t-elle été exclue de la Fédération des Aveugles de France?
L’exclusion de la Fédération des Aveugles de France n’est pas anodine. Elle traduit un rejet par les pairs – d’autres associations du secteur – des méthodes de collecte et de communication de l’Unadev. Le différend porte notamment sur l’évocation systématique des chiens-guides dans les arguments de démarchage.
Or l’Unadev ne gère plus l’école Aliénor, qui forme ces chiens, depuis 2015. Continuer à mettre en avant les chiens-guides pour collecter des dons, sans gérer l’école correspondante, relève d’une communication trompeuse. C’est précisément ce type d’écart entre le discours et la réalité qui a fracturé les relations avec la Fédération.
L’Unadev est-elle une arnaque ou une association légalement reconnue?
La réponse honnête est : les deux ne s’excluent pas. L’Unadev existe légalement, elle est reconnue d’utilité publique, elle mène certaines actions en faveur des malvoyants. Ce n’est pas une société fantôme créée pour siphonner des comptes bancaires.
Mais plusieurs faits sont établis et documentés :
- Moins de 50 % des dons atteignent les bénéficiaires, selon la Cour des comptes
- Le label Don en Confiance a été suspendu pour manque de transparence
- Une instruction judiciaire a été ouverte
- Les pratiques de démarchage sont qualifiées d’agressives par les observateurs spécialisés
- Des prélèvements SEPA auraient été initiés sans mandat écrit valide
La question à se poser avant de donner n’est donc pas « est-ce une arnaque? » mais « est-ce l’usage que je veux faire de mon argent? » Quand la majorité de votre don finance des centres d’appels au Maroc et des rémunérations internes, la réponse se dessine d’elle-même.